Arrivée rue de Levis vers 15h50, je rentre dans La Librairie des enfants où doit avoir lieu la rencontre, et là je me dis "Oups, il y a du monde". En fait je n'avais encore rien vu, puisque de nombreuses personnes sont encore arrivées après moi. C'était peut-être le seul petit bémol (tout petit, ce n'est vraiment pas grand chose ;D ), le manque de place, trop de monde ou pas assez d'espace, au choix, pour le coup j'ai regretté les sièges douillets des salons de Gallimard ^^. Énormément d'enfants étaient présents, et quelques fans adultes, peu nombreux, la plupart des adultes présents étant des parents, les éditeurs ou le personnel de la librairie. Je me suis sentie "vieille" avec mes 18 ans ^^.

Quoi qu'il en soit, Michael Morpugo est déjà là, en train de répondre à une interview pour Disney Channel...en français s'il-vous-plaît! Et un français qui frisait la perfection ! Quand la journaliste lui a demandé son Disney préféré, Il a répondu "Attend, je réfléchis...celui avec l'éléphant...Bambi ! Les enfants assis autour de lui lui ont crié "DUMBO" / "Vous êtes sûr? The one with the big ears?" Avant de regarder la caméra avec grand sérieux et de dire "Jumbo".

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J'ai pu enregistrer quelques minutes de l'échange avec les lecteurs, que je vous retranscris ci-dessous.

 

Enfant: Comment vous vous inspirez?

MM: "Toujours avec mes livres, je ne parle pas pour les autres écrivains, pour moi c'est toujours quelque chose qui est vrai, qui est réel, je commence toujours avec cette racine. Je ne suis pas quelqu'un qui a une imagination immense, je ne peux pas créer des fantasy, je ne peux pas par exemple écrire les romans comme Harry Potter, parce que les sorcières ne m'intéressent pas, c'est tout. Il faut dire que j'étais dans une école exactement comme ça, Hogwarts ! Mais il y a seulement des profs horribles et pas des sorcières OK?! [rires]. Moi j'ai écrit des romans sur mon école mais JK Rowling a la capacité de prendre vraiment une racine et de faire toutes sortes d'explosions d'imagination, moi je ne peux pas faire ça, je reste dans mes racines et je fais beaucoup beaucoup de recherches. Pour dire que, c'est toujours un accident, c'est par hasard que je tombe sur les sujets qui m'interessent, je ne commence pas un roman simplement pour achever un autre roman, c'est parce que c'est un sujet qui me touche, et de temps en temps qui me rend un peu fâché, par exemple est-ce que tu as lu un livre que j'ai écrit qui s'appelle Soldat Peaceful [réponse négative de l'enfant], ET pourquoi pas ?!? [rires], il y a un parent de ce garçon quelque part ou non? Si tu as la possibilité, il faut OU acheter le livre ou le prendre à la bibliothèque, n'importe où, mais si tu lis le livre, c'est une histoire qui se déroule aussi pendant la Première Guerre mondiale mais tout a fait différent, c'est l'histoire d'un jeune soldat fusillé par les Britanniques, un soldat britannique fusillé par les Britanniques parce qu' il a été condamné à mort en essayant de s'échapper du champs de bataille. Il y avait 300 soldats dans la Première Guerre mondiale, qui sont morts comme ça, et j'ai lu par exemple leurs ...Lordcases, help me...procès, ce qui m'a fâché, parce qu' on peut voir dans ces procès qu'il n'y a pas vraiment de justice parce que parmi eux beaucoup beaucoup de ces 300 soldats sont malades d'une condition vraiment nerveuse (Le choc de l'obus) et ils ont simplement été fusillés, les Français ont fusillé 700 hommes, les Allemands beaucoup plus, les Américains zéro. Et voilà, je suis tombé sur ce sujet et j'ai décidé d'écrire sur ça. MAIS [revenant au garçon], il faut lire le roman, OK? Non Non Non pas d'excuses, je vois les mains déjà "Mais Monsieur, Monsieur", j'étais prof moi ok?" [rires]

 

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La suite de l'article est une série de notes sur ce que j'ai pu retenir de ce qui s'est dis ensuite.

 

►Il voulait vendre du livre, Il l'a annoncé d'emblée en riant, désignant une table où étaient stockés ses romans. A travers les différentes questions, il a fait la promotion de plusieurs roman comme Loin de la ville en flammes, Le Royaume de Kensuké ou encore (bien sûr) Cheval de guerre. Une jeune anglaise a même posé une question sur un livre qui n'a pas encore été traduit en français !

► Dans la mairie de son village, il y a un tableau représentant un cheval et une horloge arrêtée à 10h01

►Il écrit sur des sujets qui l'intéressent et peut chercher le nom d'un personnage pendant des semaines. Il ne commence d'ailleurs à écrire qu'une fois que les personnages sont déterminés.

►Il a beaucoup d'humour "J'ai un jour cherché longtemps un prénom pour finir par en trouver un formidable: Michael" (A propos du livre Le Royaume de Kensuké). Le prénom de Kensuké a été emprunté à un jeune élève d'origine japonaise lors d'une dédicace dans une école britannique.

►Il n'a pas de rituels d'écriture. Il écrit dans son lit, un cahier posé sur ses genoux repliés. Il fait plein de fautes, donne ensuite le cahier à sa femme Clave, qui est très douée dans deux domaines: les chevaux et les ordinateurs. Elle tape donc le contenu du cahier, et lui donne la version imprimée. Il corrige et elle le retape. Il rit en disant "utiliser" sa femme, sous le regard amusé de cette dernière.

The Butterfly Lion. Comment traduisez-vous cela? demande Michael aux enfants. Le Papillon lion, c'est bien ça. Regardez maintenant l'édition française (coup d'oeil faussement réprobateur en direction de ses éditeurs), Le Lion Blanc ! Il demande au gens de voter, puisqu'en France, nous sommes en démocratie. La majorité de la salle accorde sa préférence au Lion Papillon, quelques enfants lèvent la main pour "Le Lion blanc", je jurerais que certains ont voté deux fois !

►A propos de ce livre, tout est né de l'achat d'un livre sur les lions blancs, car Michael n'en avait jamais vu et cela l'intriguait beaucoup. Il était dans un train en Angleterre, et là-bas dit-il, contrairement à ceux de France (Hummm...), les trains s'arrêtent souvent au milieu de nulle part pour une raison inconnue. Donc il regarde par la fenêtre en se demandant où diable il pouvait être et voit un cheval blanc sur une colline. Il regarde alternativement un photo de lion blanc dans son livre et ce cheval blanc dans son pré. De là nait l'idée d'un lion blanc sur une colline. Mais est-ce qu'il aime les lions *grimace*, pas tellement ! Le sujet a donc dû attendre un peu.

►Mais heureusement pour nous, il a un jour rencontré Ariana Richards (Actrice de Born Free) dans un ascenseur, et a passé presque 6 étages à essayer de retrouver le nom de cette "Princesse" ("Ma femme n'est pas là?" demande-t-il en lançant un regard inquiet dans la salle). Il a dit son admiration à cette femme qui avait "capturé son coeur" avec ce film, et elle, elle est juste descendu au 6ème. Plus tard elle l'a contacté lorsqu'elle a su qu'il voulait écrire sur les lions, et lui a proposé son aide, et là, les lions ont soudainement beaucoup intéressé Michael. C'est donc grâce à Ariana Richards que The Butterfly Lion est né!

►Il dort très mal la nuit, ce qui est bien quand on est écrivain! Il écoutait la radio, le sujet traitait du fait que les autorités allemandes avaient donné l'ordre d'abattre les animaux des zoos pendant la guerre, pour éviter qu'ils ne sortent des enclos lors des bombardements et sèment (encore plus) la pagaille. Il a donc entendu l'histoire d'une femme qui refusait d'abattre ou de faire abattre la femelle éléphant qu'elle avait vu naître et qu'elle avait élevé. On lui a dit qu'elle pouvait laisser vivre l'animal si la gardienne pouvait veiller sur elle 24h/24h. Hors la gardienne ne travaillait que 6 heures par jour environ. Elle ramenait donc son éléphant tous les soirs chez elle et repartait avec tous les matins. Michael Morpurgo est allé se coucher l'esprit embrumé (comme tout le monde à 4 heures du matin je pense!) et a dit à sa femme au matin qu'il avait fait un rêve formidable avec des éléphants. Sa femme a rit et lui a répondu qu'étrangement elle avait fait le même "rêve"! Il a donc fait des recherches sur le "Dieu Wikipédia" et a retrouvé une photo de cette femme et de cet éléphant dans le jardin de la dame. Il a situé son histoire (Loin de la ville en flammes) à Dresde où il y avait un zoo ou étrangement l'ordre d'abattage des bêtes n'a pas été appliqué.

► Toujours sur les zoos, MM a parlé à un soldat britannique qui avait été blessé à la jambe et transporté à l'hôpital 30 km derrière les lignes de front. Il devait beaucoup marcher pendant sa rééducation et partait donc souvent se balader. Un jour dans une ville il est tombé sur un homme en larmes en train d'abattre ses animaux, car il ne pouvait plus les garder ou les nourrir, il ne restait plus qu'un lion. Le soldat en a parlé à sa hiérarchie, le lion étant le symbole de l'Angleterre, il a été envoyé là-bas où il a vécu facilement cinq années supplémentaires.

►Si il parle si bien français, c'est grâce à Guillaume le Conquérant (J'ai tout de suite pensé à mes cours de francophonie, avec la bataille d'Hastings en 1066 ^^), que le sang de Guillaume le Conquérant coulait dans celui de la Reine et que pour lui il était naturel de parler français.

►Il a parlé des bombardements, d'hier et d'aujourd'hui. Et du fait que c'est terrible pour les soldats, mais que c'est encore plus terrible pour les fgens, les familles, qui perdent des êtres chers à la guerre, et qui doivent garder cette tristesse pour le reste de leurs vies. ↓

►Son oncle est mort à la guerre. Sa mère gardait une photo de lui sur le piano. Durant son enfance, il allait souvent regarder la photo de cet oncle qu'il n'avait jamais connu.

►Il y a un peu de lui dans chacun de ses personnages, féminins ou masculins. Dans le cas de Charlie (Soldat Peaceful), c'est un mélange de Michael et de son meilleur ami lorsqu'ils étaient à l'armée.

►Beaucoup d'adultes le lisent mais principalement après avoir lu Cheval de Guerre. La pièce jouée à Londres et qui arrivera prochainement à Paris a contribué à cette tendance. Il a vu des milliers d'adultes aller voir la pièce. Donc ses livres ne s'adressent pas uniquement aux enfants.

L'homme qui plantait des arbres de Jean Giono est sans doute la lecture qui l'a le plus marqué. C'est l'histoire d'un berger qui inlassablement plantait des glands par milliers pour voir un jour naître une forêt. Il pensait que c'était une histoire vraie et il est important que nous le lisions car dit-il, Jean Giono était un Français. Nous n'avons donc aucune excuse !

►Pour lui, un bon livre est un livre qui donne envie de tourner la page.

Le Royaume de Kensuké. Il a un jour rencontré un homme et comme il ne savait pas quoi dire il lui a posé la question que l'on pose toujours lorsqu'on ne sait pas quoi raconter à savoir: Qu'est-ce que tu fais dans la vie? Et cette homme lui a répondu qu'il ne faisait rien. Curieux, Michael Morpurgo lui a demandé de s'expliquer. L'homme lui a dit qu'après avoir été licencié, il avait décidé de réaliser son rêve, un tour du monde à la voile. Et pas tout seul, avec sa femme, son enfant et son chien.

Le nom du chien, Stella Artois, est en fait le nom d'un vrai chien croisé un jour par Michael Morpugo. Le maitre de ce chien, un enfant, avait ri du chien de MM, dont j'ai oublié le nom.

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J'ai fait dédicacer quatre livres, dont deux axemplaires de Cheval de Guerre, et j'ai appris plus tard en écoutant les libraires discuter qu'en Angleterre la plupart du temps, il collait des stickers au lieu de signer à la main, étant donné qu'il est très connu et qu'il y a toujours énormément de monde à ses séances de dédicaces. Il a donc tenu à honorer ses lecteurs français. Pendant qu'il signait, il m'a demandé si j'étais à l'université,  où elle se situait, ce que j'y faisais et si j'étudiais les lettres anglaises ou françaises. Il m'a également demandé si j'écrivais, je lui ai répondu que non et, en voyant son sourire entendu, j'ai vite ajouté que je le ferai sûrement un jour.

Durant cette rencontre, j'ai croisé Charlotte, des éditions Gallimard, et nous avons discuté un peu, c'était sympathique et j'ai fait une petite vidéo (j'espère qu'elle n'est pas chaotique, prise au dépourvu, je ne savais pas quoi dire, je n'ai pas eu le temps d'ordonner mes pensées comme je le fais maintenant, mille pardons ;D).

Charlotte m'a raconté que pendant les interviews de la matinée, MM avait dit que lorsqu'un livre est adapté au cinéma, on se rend compte des faiblesses du texte. Il pense qu'il aurait dû davantage développer le "côté allemand".

A presque 18 heures, le taxi de Michael est arrivé, j'ai eu le droit à une bise et quelques mots gentils. Il a mis son béret rouge et hop, en un clin d'oeil, lui et sa femme étaient parti.